Les Intersignes



 

Certaines gens ont plus que d'autres le don de voir.
Dans mon jeune temps on se montrait du doigt, non sans une secrète épouvante, les personnes qui étaient douées de ce pouvoir mystérieux.

- Hennès hen eus ar pouar ! disait-on (celui-là a le pouvoir)

Dans cette catégorie privilégiée, il faut ranger en première ligne ceux "qui ont passé en terre bénite et en sont sortis, avant d'avoir été baptisés."

Voici le cas :

Un enfant vient de naître. Le recteur, que l'on est allé trouver, a fixé l'heure du baptême. Mais vous savez comme les gens de la campagne sont peu exacts. Père et matrone, parrain et marraine flânent en chemin, s'attardent aux auberges, s'il y en a une sur la route, n'arrivent au bourg que longtemps après l'heure convenue. Le prêtre s'est lassé de les attendre vainement ou a été appelé par quelque autre devoir de son ministère. Nos gens se rendent au porche, trouvent l'église déserte. A leur tour de se morfondre. Il n'y fait pas chaud. L'enfant crie. La matrone, la groac'h-ann-bolenn (la vieille-au-sel), déclare que si l'on reste là, le nouveau-né risque "d'attraper sa mort". On gagne quelque endroit mieux abrité, l'auberge la plus voisine. On y patiente, en vidant chopine, jusqu'au retour du prêtre. L'enfant a passé au cimetière terre bénite, et en est sorti sans avoir été fait chrétien. Il aura le don de voir.

L'aventure se produit souvent. De là vient que tant de Bretons ont la faculté de voir ce qui reste invisible aux yeux de la plupart des hommes.

Entendre des chutes d'objets - écuelles, assiettes ou verres - qui se cassent en tombant, signe de mort pour un parent ou pour un ami en voyage.

Les menuisiers qui fabriquent les cercueils savent d'avance si quelqu'un de la région doit mourir dans la journée ou dans la nuit. Ils en sont prévenus par le bruit des planches, qui s'entrechoquent d'elles-mêmes dans le grenier.

Dans le pays de Paimpol, les femmes de marin qui sont depuis longtemps sans nouvelles de leurs maris, se rendent en pèlerinage à Saint-Loup-le-Petit (Sa-Loup-ar-Bihan), dans la commune de Lanloup, entre Plouézec et Plouha. Elles allument aux pieds du saint un cierge dont elles se sont munies. Si le mari se porte bien, le cierge brûle joyeusement. Si le mari est mort, le cierge luit d'une flamme triste, intermittente, et tout à coup, s'éteint.

Souvent, c'est le malade lui-même ou, comme on dit, son « expérience » (son double), qui se fait l'annonciateur de sa propre mort. Il revêt, en ce cas, les formes et les déguisements les plus bizarres, se présente, par exemple, sous l'aspect d'un animal blanc ou noir, selon qu'il doit être sauvé ou perdu dans l'autre monde.

Une femme sur le point d trépasser fut vue en chemise sur la branche d'un pommier, à quelque distance de la maison, au moment précis où elle entrait en agonie.

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Quand on est pris, sans cause apparente, d'un frisson subit, on dit généralement que « c'est l'Ankou qui vient de passer ».

A l'appel brusque de quelqu'un, au contact imprévu de quelque chose, faites-vous instinctivement un soubresaut ? C'est que la mort qui venait de s'abattre sur vous, vous quitte pour s'emparer d'un autre.

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Se sentir les yeux tout à coup pleins de larmes, signe que l'on aura bientôt à pleurer quelqu'un des siens.

 



Article ajouté le 2007-07-05 , consulté 51 fois

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